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Les résultats du programme EAAD

 

L’évaluation du programme Alliance de Nuremberg contre la Dépression

L’évaluation du programme EAAD

 

L’évaluation du programme de recherche Alliance de Nuremberg contre la Dépression

 

L'Alliance de Nuremberg contre la dépression a fait l'objet d'une évaluation scientifique qui a permis de démontrer statistiquement son efficacité.

 

Le texte suivant a été rédigé à partir d’un extrait de l’article « The Alliance Against Depression, 2-year evaluation of a community based intervention to reduce suicidality », Ulrich Hegerl, David Althaus, Armin Schmidtke, et Guenter Niklewski, Psychological Medicine 36 (9),  2006

1 - La méthode statistique de l’évaluation

 

Justification du choix des régions d’intervention et de contrôle

 

La région de Nuremberg a été choisie pour la mise en œuvre du programme « Alliance Contre la Dépression » en raison de sa taille adéquate, de ses infrastructures (grand hôpital central facilitant la collecte des données concernant les tentatives de suicide) et l’existence de réseaux  de coopération actifs.

La région de Würzburg a également été choisie comme région de contrôle du fait de ses infrastructures  mais aussi parce qu’elle participe au Centre d’études sur les comportements suicidaires de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS Europe).

Ces deux villes diffèrent de par leurs caractéristiques sociodémographiques. Nuremberg est une ville industrielle tandis que Würzburg est une petite ville universitaire au sein d’une zone rurale. Ces différences ont été considérées comme acceptables parce que l’objet de l’étude était d’analyser d’éventuels changements dans les comportements suicidaires après la mise en œuvre du programme.

 

Justification du choix des indicateurs et organisation de la collecte des données

 

La dépression étant l’une des principales causes de suicide, l’amélioration des soins dispensés aux patients affectés par des troubles dépressifs doit logiquement se traduire par une réduction du nombre de tentatives de suicide et de suicides effectifs.

Les tentatives de suicide, comme les suicides effectifs, sont cependant des événements peu fréquents et qui connaissent d’importantes fluctuations, ce qui rend difficile l’obtention d’un résultat statistique satisfaisant concernant l’impact d’une action..

Pour réduire le risque de ne pas identifier un impact clinique significatif, un indicateur composite : le nombre d’actes suicidaires (tentatives de suicide + suicides effectifs) a donc été choisi comme principal indicateur d’impact de cette initiative.

La collecte du nombre d’actes suicidaires avait pour objet d’obtenir des séries de données comparables sur les deux régions pour les trois années (l’année de base et les deux années d’intervention) de manière à détecter d’éventuelles modifications dans la fréquence des actes suicidaires pendant l’intervention.

Les informations relatives aux suicides effectifs, à Nuremberg et à Würzburg, ont été transmises par l’Office National Bavarois des Statistiques et des Etudes Statistiques (Bavarian State Office for Statistics and Data Processing)

Les informations relatives aux tentatives de suicide ont été collectées grâce à la coopération des services psychiatriques des hôpitaux locaux et des autorités locales. Chaque personne ayant réalisé une tentative de suicide dans ces régions et à cette période a été interrogée selon le formulaire du Centre d’Etude sur les Comportements Suicidaires de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS Europe).

(Remarques : - Le calcul des taux de tentatives de suicide n’aurait pas pu être exact si une définition précise des tentatives de suicide n’avait pas été établie. La définition choisie est la définition du « parasuicide » de l’Organisation Mondiale de la Santé.

- Le nombre d’institutions participant à la collecte des données concernant les tentatives de suicides a été maintenu constant durant toute la durée de l’expérimentation de manière à garantir la fiabilité de l’étude statistique.)

 

Justification du choix des critères de comparaison
 

L’impact de cette expérimentation sur deux années a été analysé à la fois par rapport aux données de l’année de base (2000) et à celles de la région de contrôle (Würzburg).

 

2 - Les résultats de l’évaluation

Impact du programme sur le nombre d’actes suicidaires (Principal indicateur d’impact)
 

Le nombre d’actes suicidaires à Nuremberg a diminué de 620 à 500, au cours de la première année d’intervention, soit une réduction de 19,4%, et à 471 durant la seconde année d’intervention, soit une réduction de 24%.

Dans la région de contrôle, Würzburg, le nombre d’actes suicidaires est passé de 183 l’année de base à 182 la première année d’intervention et 196 la deuxième année d’intervention, soit une réduction du nombre d’actes suicidaires de 0,5% la première année et une augmentation de 7,1% la seconde année d’intervention.

Les tests de confirmation ont révélé une réduction statistiquement significative des actes suicidaires dans la région d’intervention, Nuremberg, en comparaison à la région de contrôle, Würzburg.

Il a été déterminé que la réduction du nombre d’actes suicidaires était comparable pour les hommes et les femmes. (Graphique et tableau ci-dessous)

Graphique – Nombre d’actes suicidaires (Tentatives de suicide et Suicides effectifs) à Nuremberg et à Würzburg pendant l’année de base (2000) et les années d’intervention (2001 et 2002)

 

 

Actes suicidaires

Femmes

Variation (%)

Hommes

Variation (%)

Total

Variation (%)

Nuremberg

2000

331

-

289

-

620

-

2001

277

-16,3

223

-22,8

500

-19,4

2002

257

-22,4

214

-26,0

471

-24,0

Würzburg

2000

95

-

88

-

183

-

2001

89

-6,3

93

5,7

182

-0,5

2002

108

13,7

88

0

196

7,1

 

Tableau – Nombre d’actes suicidaires à Nuremberg et Würzburg en 2000, 2001 et 2002 et variation  du nombre d’actes suicidaires pendant les années d’intervention et par rapport à l’année de base

Impact du programme sur le nombre de tentatives de suicide (Indicateur d’impact secondaire)

 

Le nombre de tentatives de suicide à Nuremberg a diminué de 520 l’année de base (2000) à 425 en 2001, première année d’intervention, et 382 en 2002 (seconde année d’intervention), soit une réduction de 18,3% la première année, et de 26,5% la seconde année. A Würzburg, région de contrôle, le nombre de tentatives de suicide est passé de 125 en 2000 à 140 en 2001 et 156 en 2002, soit une augmentation de 12% la première année d’intervention et de 24,8% la seconde année. La réduction du nombre de tentatives de suicide à Nuremberg est statistiquement significative par rapport à la région de contrôle. (Graphique ci dessous)

 

Des résultats comparables ont été obtenus avec une analyse ne tenant compte que des personnes ayant déjà réalisé au moins une tentative de suicide. A Nuremberg, ce chiffre a diminué de 425 lors de l’année d’intervention à 375 en 2001 et 358 en 2002, soit une réduction de 21,1% la première année d’intervention et de 24,6% la seconde année d’intervention. Cette réduction est statistiquement significative par rapport à la région de contrôle.

 

Une étude plus approfondie mais dont les chiffres sont indisponibles actuellement a montré que les variations observées dans le nombre de tentatives de suicide étaient davantage prononcées pour les classes d’age les plus jeunes [18-40 ans] que pour les classes d’age les plus âgées [>70 ans].

 

Graphique : Nombre de tentatives de suicide à Nuremberg et à Würzburg pendant l’année de base (2000) et les années d’intervention (2001 et 2002)

Impact du programme sur le repérage des tentatives de suicide
 

L’impact éventuel des actions sur le repérage des tentatives de suicide a été analysé. Cet impact sera naturellement davantage visible pour les tentatives de suicide dites « à faible risque » (comme les intoxications médicamenteuses volontaires et les phlébotomies) car ces types de TS sont moins visibles ou peuvent ne pas être classés comme tentatives de suicide.  Les TS « à faible risque » constituent 81,8% de l’ensemble des tentatives de suicide ayant eu lieu pendant l’année de base et les deux années d’intervention, mais seulement 13,9% de l’ensemble des suicides effectifs. Les modes de tentatives de suicide à « haut risque » comme les tentatives de suicide par précipitation, par arme à feu, par noyade, par pendaison, par précipitation sous un véhicule à moteur, constituent 10,1% des tentatives de suicide mais 78% des suicides effectifs.

Les modifications dans les modes de tentatives de suicide à Nuremberg diffèrent significativement si ont tient compte de cette distinction « faibles risques/hauts risques ». Pendant l’expérimentation la fréquence moyenne des tentatives de suicide  « à hauts risques » a diminué de 47% alors que réduction moyenne des tentatives de suicide « à faible risque » a seulement atteint 15%.

Impact du programme sur le nombre de suicides effectifs

 

L’analyse du nombre de suicides effectifs à Nuremberg montre une réduction de 100, en 2000, à 75, en 2001, soit une réduction de 25% et à 89 en 2002, soit une réduction de 11% la deuxième année d’intervention.

Dans la région de contrôle le nombre de suicides effectifs est passé de 58 en 2000, année de base, à 42 la première année d’intervention (2001), soit une réduction de 28%, et à 40 la deuxième année d’intervention (2002), soit une réduction de 31%.

Il n’y a donc pas de différence significative entre les deux régions, ni la première, ni la seconde année d’intervention, en comparaison aux données de base.

Le fait que des fluctuations importantes caractérisent les taux annuels de suicide dans les deux régions (région d’intervention et région de contrôle) ne permet pas d’évaluer l’impact du programme.

Conclusion

 

Le programme Alliance de Nuremberg contre la Dépression est un programme sur deux ans comportant une intervention communautaire sur 4 niveaux et une évaluation au regard d’une année de base (2000) et d’une région de contrôle (Würzburg)

Au regard du nombre d’actes suicidaires à Nuremberg (tentatives de suicide + suicides effectifs) l’impact de ce programme est  significatif par rapport à la région d’intervention et à l’année de base tant du point de vue statistique que clinique. Le nombre d’actes suicidaires à Nuremberg est ainsi passé de 620 en 2000 (année de base) à 471 au terme des deux années d’intervention, ce qui correspond à une réduction de 24% et reflète principalement une baisse du nombre de tentatives de suicides (-26%).

Il est probable que ces résultats sous-estiment l’impact réel du programme : des accidents ambigus et des lésions auto-infligées qui auraient été classés tentatives de suicide ne l’ont pas été car une plus grande vigilance était portée aux tentatives de suicide pendant les deux années d’intervention, ce qui s’est traduit par une réduction du nombre de tentatives de suicide identifiées. Ce risque concerne principalement les tentatives de suicide « à faible risque » (intoxication médicamenteuse et phlébotomie), qui peuvent facilement être négligées ou ne pas être classées comme tentatives de suicide. Ce raisonnement semble confirmé par le fait que les modifications observées pendant l’intervention différaient significativement selon le type de tentative de suicide. Le nombre de tentatives de suicide à « haut risque »  a ainsi diminué de 47% tandis que le nombre de tentatives de suicide à « faible risque » n’a diminué que de 15%.

En ce qui concerne les suicides effectifs, leur nombre a diminué de 100 à 75 à Nuremberg lors de la première année d’intervention, mais il s’est à nouveau élevé jusqu’à 89 lors de la seconde année d’intervention. De tels changements apparaissent dans les fluctuations annuelles. Dans la région de contrôle, les fluctuations des taux de suicide étaient encore plus prononcées et le taux de suicide a diminué alors qu’aucun programme spécifique n’avait été mis en œuvre. Ainsi l’effet du programme sur le taux de suicide ne peut ni être confirmé ni être exclu. En raison du faible taux de base, la population incluse est, de toutes façons, trop peu nombreuse pour obtenir un résultat statistique satisfaisant.

Le fait que le taux d’actes suicidaires et le nombre de tentatives de suicide à Nuremberg ait été réduit de façon significative statistiquement ne peut pas être considéré comme une preuve absolue de l’efficacité du programme. Dans une intervention large et communautaire, il y a en effet toujours de nombreux facteurs qui ne peuvent pas être contrôlés. Dans ce contexte, il doit être mentionné que les régions étudiées diffèrent au regard de leur taille et de leurs caractéristiques sociodémographiques.

Cependant, des différences ont été observées au niveau du nombre d’actes suicidaires par rapport à la ligne de base, mais également au niveau de la fréquence des actes suicidaires dans le temps. On peut donc penser que les différences sociodémographiques existant entre la région d’intervention et la région de contrôle n’ont pas constitué un biais important dans l’analyse de l’impact des actions.

Même en tenant compte des limites explicitées ci-dessus, le programme de Nuremberg a vraisemblablement amélioré les soins apportés aux patients souffrant de troubles dépressifs et la prévention du suicide. D’importants effets de synergie ont résulté de la mise en œuvre simultanée d’actions sur quatre niveaux d’intervention. Ainsi, les activités d’information du grand public ont eu pour conséquence de sensibiliser les patients aux questions relatives à la dépression et les ont poussés à interroger leur médecin sur ces thèmes. Ceci a motivé les médecins à participer aux sessions de formation et il est devenu plus facile pour les médecins de confronter leurs patients à un diagnostic psychiatrique.

 

L’évaluation du programme EAAD

 

Tous les pays qui participent au programme EAAD évaluent l’impact des actions qu’ils mettent en œuvre : plusieurs instruments d’évaluation ont été élaborés dans le cadre de l’expérience de Nuremberg, d’autres ont été créés par les différents partenaires européens du programme.

 

Le programme n’étant en place que depuis 2004, les résultats de l’évaluation de l’impact du programme EAAD dans les différentes régions d’intervention ne sont pas encore connus. Ils seront accessibles sur ce site dès leur parution.

 

Liens :

Le site du programme EAAD : www.eaad.net

Le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS-Europe) : http://www.euro.who.int/?language=French

Le site du Centre d’étude sur les comportements suicidaires de l’OMS-Europe (Organisation mondiale de la santé) : http://www.euro.who.int/mentalhealth/topics/20030711_1?language=French

 

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